En tant que Juifs et Juives canadiens engagés envers la justice, l’égalité et la sécurité collective, nous rejetons l’idée selon laquelle l’élargissement des pouvoirs policiers et les restrictions à la liberté d’expression protégeront nos communautés. L’histoire montre que le renforcement de la surveillance, la criminalisation et l’application discrétionnaire de la loi ne réduisent pas la haine, mais plutôt l’exacerbent, en particulier pour les groupes marginalisés.
Confondre l’antisémitisme avec la dissidence politique affaiblit non seulement la lutte contre la haine véritable, mais érode également les droits démocratiques qui protègent tous les Canadiens. En soustrayant à l’examen public ceux qui se rendent complices des crimes d’Israël, les partisans de ce projet de loi risquent de porter atteinte à ces mêmes droits pour tous. La critique des actions de l’État, y compris celles d’Israël, ne constitue pas un discours de haine et ne doit pas être traitée comme telle en vertu de la loi canadienne.
Les communautés juives ne sont pas monolithiques. Beaucoup d’entre nous s’opposent fermement à ce que notre identité serve à justifier des lois répressives. Nous ne pensons pas que renforcer les pouvoirs de la police autour des synagogues ou d’autres institutions nous rendra plus en sécurité, surtout lorsque ces mêmes pouvoirs pourraient être utilisés pour cibler des manifestants pacifiques, y compris par des Juifs dénonçant les crimes de guerre israéliens.
La protection de l’accès aux lieux de culte ne doit pas se faire au prix de la suppression de la dissidence interne ou de l’empêchement pour les communautés de demander des comptes aux institutions. Lorsque des édifices religieux sont utilisés pour accueillir la vente de terres palestiniennes volées, ou pour accueillir des discours de responsables militaires ayant directement participé à un génocide, ils ne devraient pas être exemptés de toute responsabilité publique.
Nous assistons à une tendance inquiétante où les gouvernements élargissent les outils juridiques qui peuvent ensuite être utilisés pour réprimer un large éventail de mouvements sociaux, allant de la souveraineté autochtone à la justice climatique en passant par les droits des travailleurs. Le projet de loi C-9 pourrait être utilisé comme un tel outil au Canada, et il faut l’arrêter.