À l’approche de Yom Kippour, le chef du NPD, Avi Lewis a publié sur Twitter une brève réflexion, soulignant qu’en ce jour où les Juifs sont appelés à rendre compte de l’année écoulée, « nous n’avons pas fait notre part pour arrêter un génocide en cours commis en notre nom ».
Des milliers de personnes juives à travers le monde ont observé ce jour saint avec la même réflexion solennelle, aux prises avec le même chagrin, qu’il s’agisse de manifestations publiques de yizkor ou de moments de recueillement privés lors de rassemblements communautaires. Lewis est loin d’être le seul à éprouver cette frustration face au fait que nos efforts collectifs se sont révélés insuffisants face à la dévastation implacable infligée aux Palestiniens par Israël.
Pourtant, plutôt que de se confronter à la réalité du génocide en cours perpétré par Israël, plusieurs politiciens, commentateurs et groupes de pression pro-israéliens se sont focalisés sur la déclaration de M. Lewis et ont qualifié à tort cette expression sincère de chagrin d’antisémite. Ils sont même allés jusqu’à tenir Lewis pour responsable de la fusillade effrayante survenue à l’extérieur d’une synagogue à Belleville, en Ontario, au début du Kol Nidre, cérémonie du soir de Yom Kippour.
Comme nous l’avons appris depuis, le tireur, un ancien membre des Forces armées canadiennes, aurait adhéré à des théories du complot antisémites, notamment celle selon laquelle les Juifs seraient responsables de la COVID-19. Il est depuis décédé des suites de ses blessures subies lors d’une fusillade avec un policier, qui se trouve désormais dans un état critique. Bien qu’heureusement aucun membre de la congrégation n’ait été blessé, cet incident constitue un sombre rappel des menaces persistantes que font peser sur les Juifs les complotistes antisémites d’extrême droite, un phénomène trop souvent ignoré, car les groupes de pression sionistes et les commentateurs jugent plus avantageux politiquement de concentrer leur colère sur les partisans de la libération palestinienne.
Même des Juifs comme Avi Lewis ne sont pas épargnés par leur empressement à tirer des conclusions hâtives et à marquer des points en faveur d’Israël et de ses défenseurs lorsque nous énonçons de simples vérités : qu’un génocide est en train d’être commis, qu’il est commis en notre nom, et que nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour faire régner la justice face à de telles atrocités. Nous ne tenons pas tous les Juifs responsables des actions d’Israël, comme l’affirment souvent de mauvaise foi les détracteurs lorsque nous nous exprimons en tant que collectif. Nous suivons plutôt les traditions intellectuelles juives de la collectivité.
Le rabbin Abraham Heschel a écrit ces mots célèbres : « Dans une société libre, certains sont coupables, mais tous sont responsables. » La prière ashamnu que nous récitons à Yom Kippour reflète ce sens de la responsabilité collective, en déclarant « nous sommes coupables » ou « nous avons péché ». Nos traditions nous enseignent à nous considérer comme moralement liés les uns aux autres, chaque individu agissant non seulement en son nom propre, mais aussi en tant que partie intégrante d’un tout plus vaste. Cette tradition constitue un principe fondamental pour les juifs progressistes qui luttent pour la libération collective.
En tant que juifs, nous nous sentons particulièrement appelés à réagir face aux atrocités commises en notre nom. Mais chaque jour, nous voyons des Canadien·ne·s de divers horizons et de diverses confessions se sentir tout autant appelés à réagir face à ces mêmes crimes de guerre commis avec le soutien tacite de leur propre gouvernement ou subventionnés par leurs impôts.
À cet égard, ce ne sont pas les Juifs canadiens qui sont les seuls responsables de ne pas avoir réussi à mettre fin à un génocide. C’est tout le monde, ensemble. Il s’agit notamment du gouvernement canadien et des autres signataires de la Convention sur le génocide, qui ont non seulement l’obligation de punir les actes de génocide, mais aussi de les prévenir.
Les politiciens, lobbyistes et commentateurs sionistes semblent manifestement plus intéressés à salir la réputation d’un politicien juif progressiste qu’à aider le Canada à respecter ses obligations internationales. Et dans leur empressement à attribuer à tort la responsabilité de l’antisémitisme au mouvement de solidarité avec la Palestine, ils négligent de s’attaquer à la menace bien réelle que représentent la suprématie blanche et l’extrémisme d’extrême droite pour la vie des Juifs. Plus grave encore, ils minimisent et détournent l’attention de la tentative d’extermination du peuple palestinien menée sans relâche par Israël, sous les yeux du monde entier, jour après jour.