Pessah (la pâque juive) commence demain ; c’est l’occasion de raconter comment les Israélites de l’Antiquité, alors en Égypte, ont fui Mitzrayim, littéralement « l’endroit étroit ». C’est l’histoire d’un exode, d’un passage d’un état d’enfermement et d’oppression vers la liberté. En tant que Juifs, on nous enseigne à raconter cette histoire à chaque génération, comme si nous avions tous personnellement vécu ce périple.
Mais alors qu’on se rassemble autour de la table du seder cette année, on sait que l’histoire de la liberté est loin d’être achevée. On voit cette même histoire utilisée par les sionistes et l’État israélien pour justifier la suprématie juive et l’occupation violente des terres palestiniennes.
Comme pour beaucoup d’histoires religieuses, on ne peut pas choisir comment elle sera interprétée par les autres, ni empêcher une lecture qui justifie des souffrances atroces.
Nous sommes aux prises avec les complexités de cette histoire, tout en choisissant d’en tirer la leçon de la nécessité de la liberté pour tous les peuples.
Ce sera la troisième Pesach marquée par le génocide des Palestiniens à Gaza, diffusé en direct par Israël. Nous célébrons cette fête alors qu’Israël et les États-Unis mènent des guerres illégales et que l’injustice s’intensifie avec la montée des politiques autoritaires à travers l’Amérique du Nord.
Et pourtant, nous racontons l’histoire de la Pesach, et croyons qu’elle peut encore nous enseigner la libération collective.
Nous avons préparé deux suppléments à la Haggadah que vous pouvez intégrer à vos seders cette année. Le premier s’intitule Lo dayenu, « cela ne nous suffirait pas ». Il ne nous suffit pas d’être libres alors que d’autres sont opprimés. Et alors que nous racontons notre histoire ancestrale de sortie d’un état d’oppression, nous savons cette année qu’il ne suffit pas de vivre ce parcours pour nous-mêmes, mais que nous devons continuer à nous organiser pour faire en sorte qu’il devienne une réalité pour tous les peuples.
Le second est une version alternative de Nirtzah, la dernière étape du seder de Pessah. Dans cette version, plutôt que de se terminer par la phrase L’année prochaine à Jérusalem, un désir messianique qui a été approprié par le mouvement sioniste, le seder se termine par L’année prochaine dans une Palestine libre.